Groupe SAPEC - Soutien aux personnes abusées dans une relation d'autorité religieuse











Édito du 24 mai 2022


Qu'en est-il du Motu proprio "Vos estis lux mundi" du 9 mai 2019?

 

La demande de Théo MOY, journaliste débats-idées à La Croix, et les informations de l’enquête de ses collègues nous ont donné l’occasion de faire le point sur l’évolution de la lutte contre les abus sexuels au sein de l’Eglise catholique depuis notre prise de position qui a suivi la publication du Motu proprio Vos estis lux mundi il y a trois ans. Marie-Jo Aeby, vice-présidente, et moi avons rédigé l’état des lieux ci-dessous qu'il avait l'intention de publier sous forme de témoignage-tribune dans les colonnes de La Croix.

 

 

Nos constations et commentaires à propos du

Motu proprio Vos estis lux mundi du 9 mai 2019


Trois ans ont effectivement passé depuis le 9 mai 2019 et la publication de « Vos estis lux mundi » et ses mesures prises par le Pape François concernant le signalement des cas de violence sexuelle, abus de pouvoirs et abus de conscience.

 

Lors de sa publication, nous avons reconnu que ce Motu proprio allait dans le bon sens, notamment avec l’obligation de signaler à l’Eglise tout soupçon d’agression sexuelle ou de harcèlement, y compris contre des personnes majeures et avec l’appel à la dénonciation de toute tentative de couvrir des faits au niveau de la hiérarchie. Mais nous avons critiqué le maintien du secret absolu de la confession, l’absence de mention de dédommagements financiers en faveur des victimes, le fait que ces dernières ne puissent pas avoir accès à leur dossier, la tenue à l’écart de leurs associations, l’absence d’une instance juridique indépendante qui serait en charge de juger les clercs abuseurs à travers le monde et enfin le rôle central confié à l’archevêque métropolitain qui n’a aucune obligation de s’entourer de personnes indépendantes et compétentes.

 

L’enquête de Xavier Le Normand et Loup Besmond de Senneville indique que les mesures positives ne semblent pas être appliquées dans l’ensemble des diocèses du monde. Rien d’étonnant quand on sait que, dans de nombreux pays, l’image de l’Eglise continue de peser bien plus que la réalité vécue par les victimes !

 

Ainsi les nombreux freins dans l’Eglise sur ces questions, que je signalais dans la fin de mon interview* sur Cath.ch le 10 mai 2019 (cf. ci-dessous), sont encore plus importants que je ne le supposais et l’application réelle des mesures annoncées est décevante, malgré la pression que nous cherchons à exercer à travers ECA et le SNAP.

 

Certes ce Motu proprio allait dans le bon sens, mais même si un effort a été fait pour que les diocèses disposent d’une traduction, il n’en reste pas moins que les écrits inappliqués n’ont pas d’effet ! Et nos critiques d’il y a trois ans restent pertinentes, n’ayant été l’objet d’aucune évolution.

Cette enquête confirme donc que l’Eglise catholique dans le monde est loin de répondre aux attentes des personnes victimes telles que nous les exprimons en Suisse. Voici d’autres remarques importantes pour nous.

  • Même si des bureaux de signalement ont été mis en place çà et là, ils manquent encore dans de nombreux diocèses. On peut d’ailleurs se demander si les évêchés constituent la bonne porte, vu l’« entre soi » qui prévaut encore tant au sein de la hiérarchie catholique.
  • La mise en place, à l’échelle nationale, d’un lieu neutre et indépendant des autorités ecclésiales, composé de professionnels formés à l’écoute des victimes, nous parait vraiment plus adéquat.
  • Nous doutons également que les prêtres d’un diocèse ou d’une congrégation religieuse dénoncent l’un des leurs, bien que ce soit devenu une obligation depuis 2019.
  • Ne faudrait-il pas d’ailleurs aller plus loin et demander aux auteurs d’abus de se dénoncer eux-mêmes. Que ce soit une exigence de la hiérarchie. Si c’était le cas, quel signe fort les autorités donneraient aux victimes qui ont tant de difficulté à sortir du silence.

Jacques Nuoffer

Président de Groupe SAPEC

 

Paris, le 23 mai 2022

 

*https://www.cath.ch/newsf/le-motu-proprio-sur-les-abus-est-un-progres-mais-qui-doit-se-concretiser/

 

 

 

 

 

Édito du 14 mars 2022

La Fondation Herbert Haag décerne un des prix 2022 au Groupe SAPEC

représenté par son président Jacques Nuoffer

 

But de la fondation

 

La Fondation Herbert Haag pour la liberté dans l'Église (https://www.herberthaag-stiftung.ch/) a été créée en 1985 par Herbert Haag, professeur de théologie à l'Université de Tübingen, sur la base de la conviction suivante :

 

La crise actuelle dans l'Église est due à sa constitution, qui doit inévitablement conduire à l'absence de liberté des croyants. Cette situation est en contradiction ouverte avec le message de Jésus, qui a proclamé un évangile de liberté. La Fondation Herbert Haag pour la liberté dans l'Eglise ne va pas y parvenir, mais elle souhaite au moins en donner des signes.

 

La Fondation Herbert Haag a décidé de récompenser en 2022 quatre groupes ou personnes luttant en Allemagne, en Autriche et en Suisse contre les abus sexuels commis au sein de l’Eglise. Lors de la manifestation, le 13 mars 2022, un des prix a été décerné à Jacques Nuoffer pour l'association du Groupe SAPEC (Suisse romande) et à Albin Reichmuth pour IG-MikU, Groupe d'intérêt des personnes concernées par les abus dans le milieu ecclésiastique (Suisse alémanique). Elle veut notamment encourager les associations de victimes à poursuivre leur engagement. Le prix, d'un montant de 10’000 francs suisses, est réparti entre les deux associations.

 

 

Mes motivations passées et lesmodèles de notre engagement actuel

Témoignage de Jacques Nuoffer au cours de la cérémonie

 

 

Oser enfin trahir après des mois d’hésitation et d’angoisse, la promesse du secret qui m’avait été imposée, m’a permis de me libérer du piège dans lequel j’étais enfermé.

 

 

Dans les années qui ont suivi, je n’ai parlé qu’en confession de la lente mise sous emprise que j’avais subie depuis l’âge de 14 ans par ce prêtre ami de la famille et de la manière dont il a abusé de moi !

 

C’est dix ans plus tard, alors que tout me souriait avec la naissance inespérée de ma fille Sidonie, que le traumatisme a resurgi et que ma vie a été bouleversée. Je me suis investi plein d’espoir dans une psychanalyse à Fribourg, puis à Paris. Mon couple en a été ébranlé. Je n’ai pu être pleinement disponible pour ma fille qui en souffrit! Je suis heureux qu’elle soit là aujourd’hui et j’espère que cette journée va donner du sens et de la réparation pour elle aussi.

 

Quarante ans après que j’aie dénoncé mon agresseur, vers 2005, ma compagne, par ailleurs pédopsychiatre, me démontra que le problème n’avait pas été pris en charge correctement : pas de dénonciation à la police, mais une remise en question personnelle alors que ce n’était pas le sujet, pas d’information, pas de reconnaissance, pas de réparation !

Je décidai de m’occuper de ces sujets dès ma retraite, à 63 ans, il y a 14 ans !

 

D’entrée, je vécus comme un nouvel abus les refus de l’évêque et de la congrégation du prêtre pervers de répondre à mes demandes!

Lors d’un témoignage anonyme à la radio romande, j’ai lancé un appel auquel Marie-Jo Aeby et Gérard Falcioni ont répondu. Nous avons fondé l’association du Groupe de Soutien Aux Personnes abusées par des Prêtre de l’Eglise Catholique le 22 décembre 2010.

 

Ensemble avec Marie-Madeleine Zufferey-Sudan, Hubert Warrin, Jean-Marie Fürbringer, Eric Paulus, Valerio Maj, nous avons persévéré malgré les non-réponses de la majorité des prélats, mais avec le soutien surtout de deux d’entre eux : Mgr Martin Werlen et Mgr Charles Morerod.

 

Ainsi depuis 11 ans, nous œuvrons notamment

  • pour l’application des mesures décidées par les Papes et les directives de la CES
  • pour le lancement d’un travail d’enquête sur les abus
  • pour la refonte de la sélection des séminaristes et de la formation des prêtres
  • pour le développement de la prévention et de la formation de tout le personnel catholique

 

Mais la réalisation unique et originale est l’Accord CECAR entre des évêques et supérieur-e-s et le Groupe SAPEC suite aux travaux d’une commission tripartite :  Victimes - Prélats – Parlementaires.

 

Le but de cet Accord est d’offrir, au sein d’une commission indépendante, écoute, information et réparation aux personnes victimes qui ne veulent plus avoir à faire avec l’institution qui ne les a pas protégées : la CECAR (Commission d’Écoute, de Conciliation, d’Arbitrage et de Réparation).

 

Depuis le début, l’engagement et les démarches du Groupe SAPEC s’inspirent du modèle de Louis Joinet et de l’analyse de Gabriel Ringlet.

 

Louis Joinet a caractérisé la justice institutionnelle et définit les droits des victimes :

  • à l’information
  • à la justice,
  • à l’assurance de prévention
  • et à la réparation

 

Ringlet Gabriel, la pédophilie dans l'Église catholique n'est pas un accident de parcours, ni un immense fait divers ! Cinq critères sont nécessaires pour déboucher sur une indispensables réparation institutionnelle.

L’Eglise catholique suisse est en passe d’en satisfaire trois !

  • Demande de pardon
  • Réparation
  • Recherche

Mais quand seront sérieusement abordé les deux autres critères :

  • L’église doit s’interroger sur sa position concernant la sexualité !
  • L’église doit s’interroger sur le pouvoir du prêtre !

Jacques Nuoffer

Président du Groupe SAPEC

Lucerne, le 13 mars 2022


https://www.cath.ch/newsf/le-prix-herbert-haag-honore-les-victimes-dabus-dans-leglise/


Interview de Raphael Rauch du 14 mars 2022:

https://www.kath.ch/newsd/%EF%BF%BCjacques-nuoffer-morerod-hat-gute-intentionen-ist-aber-zum-teil-naiv/

 

 

 
















Édito du 30 janvier 2022

Lettre d’info n° 3  -  Janvier 2022


 Prix de la Fondation Herbert Haag décerné à Jacques Nuoffer

La Fondation Herbert Haag a décidé de récompenser en 2022 quatre groupes ou personnes luttant en Allemagne, en Autriche et en Suisse contre les abus sexuels commis au sein de l’Eglise. Un premier prix a été décerné à Jacques Nuoffer pour l'association du Groupe SAPEC (Suisse romande) et à Albin Reichmuth pour IG-MikU, Groupe d'intérêt des personnes concernées par les abus dans le milieu ecclésiastique (Suisse alémanique). Le prix, d'un montant de 10’000 francs suisses, est réparti entre les deux associations.

 

Rapport de la CIASE (France) - Recherche suisse sur les abus sexuels dans l’Eglise

En France, après deux ans et demi de travaux, la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (CIASE) a rendu public son rapport le 5 octobre 2021. L’ampleur de cette recherche et qu’elle ait réussi à faire travailler ensemble historiens, juristes, psychologues, psychiatres, sociologues, démographes et théologiens, constituent un modèle pour toutes les  études futures. Le Groupe SAPEC a saisi l’occasion pour prendre position face au projet de recherche suisse envisagé sur la même thématique. Le 6 décembre, les autorités de l’Eglise annonçaient avoir mandaté deux historiennes de l’Université de Zurich pour mener une recherche indépendante. Nous avons salué cette décision attendue par le Groupe SAPEC depuis 2010, mais relevé qu’une approche pluridisciplinaire s’imposait pour comprendre ce qui s’est réellement passé. Nous avons également demandé que des universitaires de la Suisse latine soient associés et insisté pour que notre Association, ainsi que nos homologues de Suisse alémanique puissent participer, dès le départ, à la recherche.

 

Journée d’étude organisée conjointement avec une université romande

Ce projet avance et nous espérons bientôt pouvoir vous annoncer le lieu et la date de cette journée d’étude. Elle visera à éclairer les éléments qui ont permis tant d’abus de pouvoir, souvent d’ordre sexuel, dans le contexte religieux.

Site internet

Nous travaillons à la création d’un nouveau site internet qui remplacera notre site actuel. Davantage centré sur les besoins des personnes cherchant de l’aide et offrant un design plus actuel, il sera mis en ligne, sauf imprévu, durant le premier trimestre 2022.

 

Soutien de la Loterie Romande

La LoRo vient de nous accorder un don de 20'000.- francs, ce qui nous permettra de financer  le nouveau site web, la Journée d’étude et peut-être une prestation théâtrale.

 

Collaboration avec l’Association IG-MikU, notre homologue en Suisse allemande

Nos contacts avec Albin Reichmuth, président de IG-MikU, sont réguliers et nous veillons à faire avancer ensemble nos revendications face aux autorités de l’Eglise.

 

 

Chers Ami-e-s et Membres du Groupe SAPEC, nous vous souhaitons une Bonne et Heureuse Année 2022 et vous remercions de votre soutien !

 

                                                   

            Jacques Nuoffer, président                                           Marie-Jo Aeby, vice-présidente



 


Édito du 7 décembre 2021

 

Recherche sur les abus sexuels dans l’Eglise en Suisse

Ce que nous constatons et revendiquons

 

Les résultats de la recherche de la CIASE confirment l’ampleur du phénomène et la diversité des facteurs favorisant les abus sexuels dans l’Eglise, comme nous l’avions déjà relevé dans notre Mémoire SAPEC 2013-2014:  Mémoire SAPEC 2013-2014.

 

Voici en bref ce que nous constatons et revendiquons pour la recherche en Suisse. 

 

Nos constatations

  1. La définition du projet s’est faite dans un « entre-soi » du magistère de l’Eglise catholique, sans consultation des premières intéressées, les victimes. D’où le refus de nous inclure, ce qui est un non-sens. En sciences humaines, on reconnait aujourd’hui les principaux intéressés comme des actrices et acteurs incontournables dans l’élaboration des méthodes, du cadre et des contenus des recherches.
  2. Le projet de recherche se fera sans aucun-e expert-e issu du milieu académique de la Suisse latine.

Cette absence de chercheur-e-s de Romandie ou du Tessin invités à s’impliquer dans la recherche et le refus d’y associer les victimes qui réclament cette étude depuis plus de dix ans, est indigne et nous met en colère.

 

Nos revendications

  1. Face à l’ampleur du phénomène des abus sexuels commis au sein de l’Eglise catholique, nous demandons une recherche impliquant une diversité de spécialistes dans les champs de la psychologie, la psychiatrie, la sociologie, la criminologie, l’histoire, le droit, la théologie, etc. Si la CIASE en France a atteint le niveau d’excellence, c’est parce qu’elle a incité des chercheur-e-s de disciplines très différentes à travailler ensemble.
  2. Pour trouver les bonnes personnes, dynamiser et coordonner le travail des chercheur-es, nous demandons que cette commission soit présidée par une personnalité suisse d’envergure, une figure rassembleuse, de haute valeur morale.
  3. Nous demandons que des chercheur-es romand-es et tessinois-es participent à la recherche et que la sensibilité latine soit ainsi représentée.
  4. Nous demandons que la commission mise en place communique régulièrement par la publication du nom des chercheur-e-s et de leurs spécialités, les thèmes étudiés et les méthodes utilisées (se référer au travail de la CIASE).
  5. Nous demandons que cette commission aille à la rencontre des associations de victimes de Suisse latine et de Suisse alémanique, écoute, entende leurs paroles et les associe tout au long du travail des chercheur-e-s.

 

Jacques Nuoffer

Président du Groupe SAPEC

 



Édito du 12 octobre 2021

 

Recherche sur les abus sexuels dans l’Eglise

Un grand pas en France ! Un petit pas en Suisse ?


Les résultats de la recherche de la CIASE confirment l’ampleur et les facteurs favorisant les abus sexuels dans l’Eglise, mis en évidence dès la fin du siècle dernier et résumés dans notre Mémoire SAPEC 2013-20141. C’est un grand pas pour la France.

 

Les évêques français étaient à la traîne : vont-ils faire le pas suivant ?

Dans une lettre de mars 2016, j’interpellais les évêques français et une quinzaine de journalistes avec cette question : « Ni reconnaissance ni réparation pour les victimes d’abus sexuels prescrits de l’Église de France : pourquoi ? »

En mars 2017, dans l’article du Figaro2, M. Alain Christnacht, Président de la Commission nationale d’expertise contre la pédophilie de la CAF estimait que les évêques français avaient progressé en trois périodes et que leur but était atteint. En juillet, je lui écrivais : «…Contrairement à vous, je crois vraiment qu’il manque une période aux trois premières que vous mentionnez et donc que le dispositif mis en place par la Conférence des évêques français n’est pas complet. J’espère vraiment qu’au cours d’une quatrième période ces évêques, conscients de leur responsabilité morale, vont, en plus de leur parole de pardon et de leurs prières, trouver une solution qui leur est propre pour manifester à l’égard des victimes leur compassion face au traumatisme vécu et pour leur accorder une indemnité concrétisant cette reconnaissance ! »

Les propositions du rapport de la CIASE (www.ciase.fr) devraient contraindre les évêques français à concrétiser leur reconnaissance par une indemnisation. Combien d’années encore vont-ils pinailler/transiger avant de la réaliser ?

 

Dès 2010, les évêques suisses demandaient pardon, mais une recherche préliminaire n’aura lieu qu’en 2022 !

Les évêques suisses ont été plus rapides et efficaces, grâce à l’Abbé Martin Werlen et Mgr Charles Morerod. Ils ont reconnu leur responsabilité et demandé pardon en 2010 et accordé une indemnité aux personnes victimes dès 2016. Même celles, par dépit, qui ne voulaient plus avoir à traiter avec une institution qui ne les avait pas protégées ont pu recourir à la Commission d’écoute, de conciliation, d’arbitrage et de réparation, la CECAR, commission indépendante que les prélats suisses ont reconnue.

 

Dès 2010, nous avons demandé aux évêques une recherche suisse approfondie sur les abus et leurs origines, précisant nos propositions dans des lettres aux autorités de l’Eglise et à la commission d’experts de la CES. Nous avons notamment revendiqué d’être impliqués dès le départ dans la définition du projet, en nous appuyant sur l’évolution des recherches récentes en sciences humaines qui confirment l’importance d’associer les personnes concernées au concept et aux contenus. Nous n’avons pas été entendus sur ce standard minimal participatif et nous devions attendre une conférence de presse de décembre 2021 pour connaître le contenu du projet. Mgr Bonnemain vient d’annoncer en grande pompe une recherche préliminaire d’un an dès 2022, au moment de la publication du rapport de la CIASE ! Incroyable ! De qui se moque-t-on ?

La recherche sérieuse et approfondie de la CIASE s’est mise à l’écoute des victimes en créant un « groupe miroir »2 composé des représentants d’associations de victimes volontaires. « L’idée, explique Alice Casagrande, est que les historiens, les sociologues, les psychiatres n’obtiendront jamais une partie du savoir sur les abus : c’est le savoir expérientiel », celui que les victimes ont acquis par leur malheur.

Toutes les recherches de ce type aujourd’hui, y compris en Suisse, doivent donc inclure les victimes, qui sont des actrices et acteurs réels, dans l’élaboration des méthodes, du cadre et des contenus, par différentes méthodes académiques éprouvées en sciences humaines, il ne s’agit pas de théologie ici ! Les victimes ne peuvent être à nouveau colonisées, sans aucun droit à la parole sur ce que l’on dit et pensent d’elles ! Qui plus est une des facultés suisses de criminologies doit être impérativement associée.

 

De quelle recherche sur les abus sera-t-il question en Suisse ?

L’expertise des victimes n’est pas seulement celle de l’expérience vécue, mais aussi celle des conséquences sociétales et juridiques à en tirer. Le groupe « victimes et réparation » a travaillé avec ce groupe miroir. Ensemble, ils ont creusé des sujets tels que la réparation, la réponse de l’Eglise, la réponse pénale… Au bout du compte, la CIASE a su gagner la confiance des victimes. François Devaux, de La Parole libérée, parle aujourd’hui d’un « travail d’écoute et de réflexion exemplaire » et Olivier Savignac estime que « cette commission est en train de créer une révolution : nous ne sommes plus seuls ».

Notre association de personnes victimes – la seule en Suisse, rejointe récemment par l’association IG-MikU (Interessengemeinschaft für Missbrauchbetroffene im kirchlichen Umfeld) en Suisse allemande - n’a pas pu s’exprimer4 sur ce projet de recherche. Tenue, pour on ne sait quelle raison, à l’écart de la définition de la recherche prévue, elle reste très préoccupée malgré les paroles de Mgr Bonnemain. Nous nous posons une série de questions sur l’étude préliminaire annoncée pour 2022 ; va-t-elle

  • aller à la rencontre des victimes ? 
  • écouter les personnes victimes qui ont quelque chose à dire ?
  • auditionner les associations de victimes ?
  • donner une place proportionnée aux chercheurs romands et tessinois et leur permettre d’exprimer leur sensibilité ?
  • publier les noms des chercheurs engagés et leurs spécialités ?
  • publier les thèmes qui vont être étudiés et les méthodes utilisées ?
  • se référer au travail de la CIASE : dans quels domaines (méthodes de travail, paramètres pris en compte, relations avec les associations de victimes) ?
  • intégrer les apports scientifiques et académiques d’une faculté de criminologie ?

 

Il nous paraît légitime d’obtenir des réponses à ces questions et nous souhaitons bénéficier d’autant d’égard et d’attention que les personnes victimes et leurs associations ont reçus de la CIASE et d’être associés dès le départ comme elles, aux travaux du groupe de recherche suisse.

 

Jacques Nuoffer

Président du Groupe SAPEC

 

Notes

1)      Mémoire SAPEC 2013-2014 : http://www.groupe-sapec.net/medias/Demarches/Memoire_2013.pdf.pdf

2)      Jean-Marie Guénois : Entretien: Prêtres pédophiles : Les évêques ne sont pas bien informés, Le Figaro 27 mars 2017

3)      Les informations et citations de ce paragraphe sont tirées de l’article de Cécile Chambraud :Abus sexuels dans     l’Eglise : les coulisses de la commission Sauvé, Le Monde 3 octobre 2021. https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/10/03/violences-sexuelles-dans-l-eglise-les-coulisses-de-la-commission-sauve_6096906_3224.html

4)      Seul un de nos membres, Stéphane Hernach, a été invité à témoigner de son vécu sur la TV canal9. Il a appelé notamment à une journée annuelle d’écoute des victimes. https://canal9.ch/le-journal-du-07-10-2021/

















Édito du 15 août 2021



Lettre d'information 2 de 2021

 

Bonjour !

Le comité très actif en ce moment est heureux de vous partager quelques bonnes nouvelles !

 

Notre assemblée générale

15 personnes ont participé à notre assemblée générale le 28 juin sur zoom (PV AG), dont deux invité-e-s Romaine Girod, doctorante à l’UNIL qui rédige une thèse sur les abus sexuels commis au sein de l’Eglise et Marc Artzouni, responsable du SNAP pour l’Europe.

 

Renouvellement des conventions

Les personnes présentes ont été heureuses d’apprendre par votre président que les conventions relatives aux réparations en faveur les victimes (cf. PV AG, p. 2, 7) étaient reconduites pour 5 ans.

 

Objectifs du Groupe SAPEC pour 2021-2022

  • Intensifier les relations avec les membres et amis du Groupe SAPEC. 
  • Renforcer notre visibilité et présence auprès du public. 
  • Développer les relations avec la CECAR et autres associations proches.
  • Poser des exigences pour que le projet de recherche de l’Eglise catholique suisse soit de qualité tant dans sa réalisation que lors de la publication des résultats. 
  • Poursuivre notre travail de soutien aux victimes et à leurs proches.  
  • Continuer de manière soutenue notre travail de vigilance: de nombreux prélats n’ont pas encore compris la réalité des abus et leur contexte systémique. 
  • Rendre notre site internet plus accessible et être présent sur les réseaux sociaux: pensons à la génération des enfants des victimes ! Nous pouvons compter désormais sur l’aide que nous apporteront Elisa et Clara pour ce qui touche au numérique.

 

Fêter les dix ans du Groupe SAPEC

La COVID a interrompu quelque temps notre élan de réflexion à ce sujet.  Mais aujourd’hui, nous préparons 2 événements pour 2022-2023, si les demandes de fonds en cours aboutissent.

  • Le 1er sera une conférence ou – si nos finances le permettent – une journée d’étude. Elle aura lieu dans une Université ou un HES à Lausanne ou Genève.
  • Le 2e sera une pièce de théâtre. En 2020, un auteur-comédien français a écrit « Pardon » https://www.vimeo.com/472152616 une pièce autobiographique que notre ami Alain a vue à Avignon en juillet et que nous diffuserons si possible dans les six cantons romands.

 

Avancée majeure pour les victimes abusées

Passée presqu’inaperçue, cette information nous est parvenue par Jean-Marie et par Gabriella. Un jugement historique a été rendu récemment par le Tribunal cantonal thurgovien : pour des abus subis il y a 40 ans, une victime a vu la prescription être contournée. https://www.blick.ch/fr/news/suisse/un-jugement-historique-en-faveur-des-victimes-dabus-cette-decision-fera-date-id16713612.html

 

Chers Ami-e-s et membres du Groupe SAPEC, MERCI de votre soutien !        

                                               

            Jacques Nuoffer, président                                           Marie-Jo Aeby, vice-présidente






Édito du 25 mars 2021


Lettre d'information 1 de 2021

En raison de la crise sanitaire, nous ne pouvons pas encore planifier ni la date ni le contenu de l’assemblée générale 2021 qui sera liée à une manifestation relative aux dix ans du Groupe SAPEC. En attendant, nous tenons à vous donner quelques informations importantes.

En complément du rapport annuel 2020 ci-joint qui vous informe sur les activités du Groupe SAPEC en période de confinement, voici les principaux objectifs que nous avons choisis pour 2021.

Intensification de nos relations avec nos membres.

  • Introduction de l’envoi à nos membres de nouvelles régulièrement et invitation à ce qu’ils s’associent à la manifestation marquant nos 10 ans qui aura lieu lors de la prochaine AG.
  • Propositions à nos membres de nous donner des coups de main ponctuels, par exemple pour créer une petite base de données des articles de presse, rassembler des informations sur un sujet, ou autres projets liés à leurs connaissances ou compétences, etc.


Démarches pour renforcer la visibilité et la présence du Groupe SAPEC

  • Développement des relations et collaborations avec des institutions comme Bénévolat VD / LAVI / Pro SENECTUTE / Dis No / HES / UNI, etc.
  • Création d’un nouveau site internet qui contiendra les informations actuelles, de nouvelles rubriques, tout cela de manière plus attractive et plus facile à consulter.
  • Actualisation des informations de Wikipédia sur les abus sexuels dans l’Eglise catholique en Suisse et conception d’une page sur le Groupe SAPEC

Développement des relations avec la CECAR

  • Soutien plus actif des activités et engagements du conseil
  • Développement des échanges avec notre représentante au sein du conseil

Projet de recherche

Nous poursuivons notre soutien au projet de recherche sur les abus sexuels commis par des agents pastoraux de l’Eglise catholique suisse

  • en insistant sur la nécessaire participation d’une personne victime dans le groupe de travail et
  • en exigeant un engagement pour une totale transparence dans la publication des résultats.

Ouvrages traitant les thèmes qui nous préoccupent

  • Nous avons mis sur notre site (http://www.groupe-sapec.net/livres.htm) une liste d’ouvrages traitant de la problématique des abus sexuels au sein de l’Eglise catholique.
  • Signalons le livre « Derrière la boulangerie » d’Anne-Marie Francey-Gremaud, Ed. Faim de Siècle, La vie des gens 2018, Deuxième édition. C’est un récit remarquable.

En restant disponible pour répondre à vos questions et demandes, je vous remercie au nom de membres du comité pour votre soutien moral et financier.

Jacques Nuoffer

Président du Groupe SAPEC




Édito du 22 décembre 2020

 

Le Groupe SAPEC a 10 ans : Bilan - Perspectives

 

En fondant notre association le 22 décembre 2010, nous avions pour buts d’obtenir justice et réparation pour les cas d’abus sexuels par des prêtres, application des mesures et directives des Papes et de la CES, création d’une commission d’enquête sur les abus sexuels commis, révélation de la vérité sur le passé et soutien effectif aux victimes, collaboration avec des associations similaires et information des membres et du public !

 

Nous avons sélectionné sous Documents les textes clés évoquant les 10 ans d'engagement du Groupe SAPEC et, sous Presse écrite ou Radio-TV, les témoignages et interviews les plus significatifs. Ils attestent que notre engagement et notre persévérance ont débouché sur quelques réalisations positives, la plus originale étant la CECAR, Commission d’Écoute, de Conciliation, d’Arbitrage et de Réparation, neutre et indépendante !

 

Mais ceci ne fut possible que grâce à la détermination au long cours des membres du comité, à l’ouverture de quelques prélats, au soutien de parlementaires et à l’engagement de personnalités de la société civile pour mettre en place et maintenir cette structure malgré les limites posées à son indépendance par certaines autorités ecclésiales. Cette indépendance n’est peut-être pas acquise et cela pose des questions à résoudre.

 

Lors d’une journée de bilan, les membres de notre comité ont pu constater l’atteinte de bien des objectifs, mais ils ont regretté de n’avoir pas réussi à aider plus de personnes victimes d’abus par des agents pastoraux à sortir du silence, notamment des religieuses, ni à accélérer le démarrage d’une recherche indépendante et  approfondie sur tous les abus commis dans toutes les sphères d’activités de l’Eglise catholique suisse, ni à développer davantage la collaboration avec les institutions et personnes victimes de Suisse alémanique.

 

Ainsi le comité est actuellement en pleine réflexion pour définir plus précisément les buts et les nouveaux objectifs concrets qui orienteront nos activités à l’avenir et dès l’an prochain. Ceux-ci seront proposés et discutés lors de la prochaine assemblée générale annuelle, en mars 2021 vraisemblablement. C’est à cette occasion que nous espérons vous rencontrer pour fêter vraiment avec vous nos 10 années d’engagement et vous renouveler nos remerciements pour votre confiance et votre soutien.

 

Joyeuses fêtes à toutes et à tous.

 

Jacques Nuoffer

Président du Groupe SAPEC


Quelquess-uns des courriels reçus suite à l'Edito du 22 décembre 2020 se trouvent sur Nouvelles suisses !




 

Édito du 27 septembre 2020


La CECAR : 5 ans déjà !  Témoignages - Préoccupations


Alors que notre association va fêter ses 10 ans, la CECAR (Commission – écoute – conciliation – arbitrage – réparation) a dressé le bilan de ses cinq ans d’activités lors de sa Conférence de presse le 17 septembre 2020 à Lausanne.

 Le Conseil de la CECAR a donné la parole à des personnes victimes qui y ont eu recours (liens ci-dessous) et ses membres ont mis l’accent sur les réalisations de la CECAR et sur les problèmes qu’elle a mis en évidence depuis plusieurs années. Nous résumons plus bas ceux que nous avons en commun et pour les autres nous vous renvoyons aux liens placés à la fin de cet édito et sur le site de la CECAR. (http://cecar.ch/wordpress/medias/).

 

Rappelons que la CECAR a été créée en décembre 2016 à l’initiative de notre association et des institutions catholiques avec le soutien de parlementaires suisses. C’est une commission neutre et indépendante des autorités de l’Église catholique, chargée d’offrir aux victimes un lieu d’écoute, d’échange et de recherche d’une conciliation avec l’abuseur, à défaut avec son supérieur hiérarchique, en vue notamment d’une réparation financière (http://www.groupe-sapec.net/cecar.htma).

 

À l’occasion de cette conférence de presse, nous avons pu nous exprimer sur l’avenir de la CECAR. Nous nous sommes centrés sur les trois points qui actuellement sont essentiels de notre point de vue.

Le premier est la poursuite de la récente ouverture à la Suisse alémanique, avec le développement, en collaboration avec notre association, de l’information pour se faire connaître outre Sarine et permettre ainsi aux victimes alémaniques de s’adresser à la CECAR, ce que l’une d’elle a d’ailleurs fait récemment. Il faut que d’autres puissent le faire à leur tour.


Le deuxième et le troisième points concernent les demandes que nous avons en commun avec le Conseil de la CECAR depuis trois ans :

  • Une réelle indépendance de la CECAR avec la fin du contrôle de plausibilité par la Commission d’indemnisation.
  • Une réparation sous forme d’un montant forfaitaire unique, la personnalité de la victime est à prendre en compte essentiellement, non la gravité de l’acte !

Le même coup de marteau n’a pas le même résultat, les mêmes conséquences sur une poupée en chiffon et sur une poupée en verre. Bruno Bettelheim.

Nous avons présenté nos arguments au groupe de travail des représentants de la Conférence des Évêques Suisses (CES), de l’Union des Supérieurs Majeurs (VOS’USM) et de la Conférence centrale catholique romaine de Suisse (RKZ) qui prépare la révision de la Convention SBK, RKZ et VOS'USM – Fonds d’indemnisation en faveur des victimes d’abus sexuels commis dans le contexte ecclésial du 22.11.2016

 

Ces instances prendront-elles en compte ce que les conciliateurs de la CECAR ont réalisé à l’écoute des personnes victimes ?

 

Jacques Nuoffer

Président du Groupe SAPEC

 

Liens aux témoignages


                     Alain Guerdat              Marie-José Aeby           Stéphan Hernach

 

Témoignage de Stéphan Hernach

Témoignage de Alain Guerdat

Témoignage de Marie-José Aeby : en attente

 

Témoignage de Marie-Jo pour La Télé Emission Radar Fribourg du 6 octobre.

Titre du reportage:  "Au nom de la vérité" de la minute 9.50 à la minute 12.58.

 

Liens aux émissions et articles de presse sur cette conférence notamment trouvant sur le site de la CECAR

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Édito du 24 février 2020

En Suisse romande : deux plaques pour

rappeler les abus sexuels et appeler à la vigilance

 

Le 22 novembre 2019, notre besoin de faire mémoire, présent depuis la création de l’Association du Groupe SAPEC, s’est concrétisé lors d’une première journée du souvenir et la pose, en la cathédrale de St-Nicolas à Fribourg en collaboration avec Mgr Charles Morerod, évêque de LGF, d’une plaque à la mémoire des victimes des abus sexuels dans l’Église catholique. Elle reconnaît les crimes commis et appelle à la vigilance.

Le 22 février 2020, c’est la persévérance de Stéphane Hernach, lui aussi victime d'abus sexuels par un prêtre, qui est récompensée après quatre années de démarches, soutenu par le Groupe SAPEC. Une plaque a été inaugurée dans la chapelle du Closillon à Monthey en présence de Mgr Jean-Marie Lovey, Evêque de Sion et Mgr Jean Scarcella, Abbé de Saint-Maurice.

 

Jean-Marie Fürbringer, dans son éditorial du 8 octobre ci-dessous, met en lumière l’importance de telles cérémonies et de ces plaques manifestant la reconnaissances des abus et appelant à la vigilance.

Sous « Nouvelles suisses » vous trouverez des détails sur ces cérémonies.

 

Jacques Nuoffer

Président du Groupe SAPEC



Édito du 26 novembre 2019

Inauguration d’un premier mémorial à Fribourg en Suisse

Un silence poignant !

 

Notre besoin de faire mémoire, présent depuis la création de l’association du Groupe SAPEC, a rencontré concrètement ce 23 novembre 2019, celui de Mgr Charles Morerod.


Bien d’autres personnes ont crié dans le désert depuis des lustres. Le Groupe SAPEC, mouvement citoyen né dans les années 2000, a relancé l’alerte en Suisse romande sur les questions d’abus par des religieux. Il peut enfin aujourd’hui faire sien ce mémorial qui nous pousse chacun et chacune au questionnement sur le déni fait jusqu’ici concernant la demande de réparation des victimes connues. Nous savons toutes et tous qu’il existe encore bien d’autres victimes, inconnues, silen-cieuses ou décédées, de prêtres pédophiles ou de religieux.


 Ce besoin de mémoire s’est donc concrétisé ce 23 novembre 2019 avec l’inauguration d’une plaque commémorative dédiée aux victimes d'abus sexuels par des religieux. Elle a été dévoilée dans la Cathédrale St-Nicolas de Fribourg par Charles Morerod, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, et par Jacques Nuoffer, président du Groupe SAPEC (Soutien aux personnes abusées dans une relation d’autorité religieuse).


Sous Nouvelles suisses, vous trouverez un rappel des moments de la cérémonie et les messages communiqués par Mgr Morerod, Jean-Marie Fürbringer, membre du Groupe SAPEC, Sr Louise-Henri Kolly, Sœur d’Ingenbohl.


À la fin de la cérémonie, Mgr Morerod et Jacques Nuoffer ont dévoilé la plaque. L’évêque a lu le texte rédigé en français et en allemand !

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Nous avons érigé cette plaque pour témoigner des souffrances endurées par les victimes des abus sexuels commis dans ce diocèse par des prêtres et autres personnes engagées dans l'Église.

Cette démarche est aussi une demande de pardon et un appel à la communauté à rester vigilante.


+ Charles Morerod OP, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg.


Cette plaque a été posée le 23 novembre 2019 en présence de survivants d’abus sexuels sur mineurs commis dans l’Église, à l’initiative du Groupe de soutien aux personnes abusées dans une relation d’autorité religieuse.

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Soulignons qu’un très important, profond et poignant silence a suivi la cérémonie.


À cet instant précis en effet, Jacques Nuoffer, président, n’a pas saisi l’occasion de conclure par quelques mots cet événement au nom du Groupe SAPEC, présent parmi d’autres anciens lanceurs d’alerte ce 23 novembre à Fribourg préférant aux paroles, le temps du silence, du souvenir et du questionnement.



Un silence méditatif, et très certainement troublant pour d’aucuns, après la lecture du texte gravé sur cette plaque. N’en était-il pas finalement mieux ainsi, après toutes les belles paroles d’espoir possible ?


Un silence retentissant et questionnant qui s’ajoute à celui de la nuit des temps de la cathédrale qui accueille ce nouveau mémorial.


Un silence éternel, porteur à tout instant, pour chacune et chacun, de la vigilance et des questionnements nécessaires à toutes les générations présentes et à venir, en toute liberté de parole et de conscience, afin que tout soit fait pour que chacun et chacune à l’avenir, quels que soient sa qualité et son statut, en toute humilité et bonté, puisse contribuer à une humanité meilleure.


Eric Paulus

Membre du comité



Édito du 8 octobre 2019

Du Mémoire à la mémoire en passant par le mémorial

 

L’idée, la conscience de la nécessité de faire un travail de mémoire, de comprendre l’histoire des abus sexuels en Suisse, et aussi de manière globale, et d’en témoigner par un signe public, étaient déjà présentes au Palais Fédéral en 2015 lors des réunions tripartites (parlementaires, représentants des victimes et de l’Église) qui ont débouché sur l’Accord instituant la CECAR, Commission d’Écoute, de Conciliation, d’Arbitrage et de Réparation.

 

Le mot « mémoire » est un élément chargé de beaucoup de sens pour les membres du Groupe SAPEC puisque c’est sous ce titre, que Jacques Nuoffer et Marie-Jo Aeby ont réuni en 2013-2014 une compilation d’éléments se rapportant aux abus sexuels commis par des agents pastoraux dans le monde et en Suisse. Ce document, toujours disponible sur ce site, rassemble des informations qui étaient auparavant éparses dans des publications, les archives des médias et les dossiers du Groupe SAPEC comme dans la mémoire de chacun d’entre nous.

Ce Mémoire a permis de donner une vision globale de la situation dans le monde et en Suisse jusqu’en 2014. L’ampleur du problème démontrait ainsi la nécessité de mettre sur pied une commission indépendante pour recevoir les demandes de réparation des personnes qui ont été les victimes de ces crimes. C’est ce document qui a été la pierre angulaire pour mobiliser les parlementaires et des évêques et qui a aidé la commission tripartite à concevoir la CECAR !

Ainsi des dizaines de personnes ont pu obtenir reconnaissance et réparation sans revenir vers l’institution qui les avait abusées. Mais certaines d’entre elles aspiraient aussi à ce que quelque chose de visible témoigne publiquement et durablement de la reconnaissance de l’existence de ces crimes, un signe tangible. Un mémorial, par exemple, peut attester qu’on en a enfin fini avec les secrets, avec la manière dont les abus sexuels ont été commis, et le traitement que leur ont réservé très souvent les familles, les évêchés et les ordres religieux : il n’est plus question que tout reste bien caché pour ne pas risquer de révéler au monde des réalités choquantes. On touche là l’essence même de la problématique, le mécanisme qui a permis à des personnes perverses de commettre leurs crimes des années durant sans être inquiétées et donc sans être présentées à la justice.

 

Le comité de notre association m’a chargé d’animer un groupe pour concevoir plusieurs idées visant à faire mémoire. En collaboration avec Mgr Morerod, nous allons concrétiser un premier projet en posant un mémorial le samedi 23 novembre 2019 à Fribourg, avec quatre moments-clés que je vous laisse découvrir sous Activités !

Réservez cette journée et rejoignez-nous !

 

Car dans le travail de mémoire qu’un destin douloureux invite à réaliser pour sa propre guérison et celle de la communauté, le mémorial est une étape pleine de sens. Ce n’est cependant pas une fin, ce n’est pas la clôture d’un dossier ; parce que si la reconnaissance et la demande de pardon sont essentielles, ça ne supprime pas la nécessité de comprendre, de savoir et d’expliquer et dans cette perspective, il y a encore des choses à réaliser.

 

Jean-Marie Fürbringer

Membre du comité

 

 



Édito du 28 juillet 2019

Rassemblement national le 29 juin à Berne

Convoqué à l’initiative de théologiens du canton de Zurich, le rassemblement national du 29 juin 2019 à Berne entend faire valoir un certain nombre de revendications afin de renforcer la lutte contre les abus sexuels et d’exiger des réformes dans l’Eglise.

 

L’invitée de la journée est la théologienne allemande Doris Wagner. Ancienne religieuse membre de la congrégation “Das Werk”, elle y a été victime d’abus qu’elle a raconté dans un livre. Aujourd’hui mariée et mère de famille, elle également est

connue pour avoir participé à divers documentaires et débats télévisés sur ce thème. Voici le lien à la traduction de son discours et à celle de son interview sur cath.ch.

Les revendications des manifestants portent notamment sur : l’accès au dossier pour les victimes; la dénonciation obligatoire de tout abus sexuels auprès des autorités civiles; la modification du droit canon pour punir tout abus sexuels y compris sur des adultes; des procédures rapides; la création de commissions indépendantes pour traiter des abus dans tous les pays; des critères mieux définis pour l’engagement d’agents pastoraux; un accompagnement pour les personnes en ministère ainsi que la reconnaissance d’une éthique sexuelle humaine basée sur la Bible.

Mais ces mesures ne seront pas possible sans un changement plus profond. C’est pourquoi les initiateurs réclament des changements structurels sur la compréhension des ministères, l’accès au sacerdoce, l’égalité entre les croyants. Ils revendiquent aussi un changement de mentalité des responsables. Il ne s’agit pas de protéger l’institution, mais les personnes.

 

Marie-Jo Aeby
Membre du comité



Édito du 10 juin 2019 

Une bonne nouvelle dans l'Église

 

Le Groupe SAPEC est heureux de vous annoncer une bonne nouvelle : un groupe de théologiennes et de théologiens de l’Église catholique romaine du canton de Zurich lance un appel au changement et adresse au Vatican des demandes concrètes pour plus de cohérence et de fermeté dans le traitement des cas d’abus sexuels.

 

Depuis la fondation de notre association en 2010, nous avons cherché en vain en Suisse alémanique un groupe avec lequel œuvrer pour soutenir les personnes victimes, obtenir reconnaissance et réparation et développer la prévention ! Nous soutenons donc activement le 

Rassemblement national

Contre les abus, agissons

à Berne, Helvetiaplatz, le 29 juin 2019 à 12h05

 

Le Groupe SAPEC sera représenté par trois membres du comité qui témoigneront en français et en italien. 

 

Nous vous invitons :

  1. À signer la pétition en ligne sur http://www.zeichen-gegen-missbrauch.ch/.
    Elle sera remise au nonce le 29 juin.
  2. À vous joindre au rassemblement avec un balai ou une pancarte précisant disant pourquoi  vous êtes là.
    Rendez-vous un peu avant midi sur Helvetiaplatz qui est proche de la nonciature apostolique. 

 

Jacques Nuoffer

Président du Groupe SAPEC

 

 

 

 

Edito du 1er février  2019


  Y aura-t-il du nouveau à Rome le 24 février 2019 : on en doute !
Mais à Lausanne le 27 mars 2019 : c’est certain !

 

Suite à la lettre du pape l’été dernier et compte tenu de ses discours en Irlande, « rien de précis n’était apparu à propos des actions concrètes que nous estimons indispensables en nous appuyant sur la nécessité d’une réparation institutionnelle affirmée par l’Abbé Gabriel Ringlet et d’une justice réparatrice pour les victimes définie par le juriste Louis Joinet » ! C’est ce que j’écrivais dans l’édito du 29 août ci-dessous.

 

Qu’en sera-t-il le 24 février 2019 à la fin de la session convoquée par François et rassemblant les présidents de toutes les conférences épiscopales du monde pour traiter de ce problème lancinant, qui n’est pas affronté effectivement par les évêques, en particulier dans le tiers monde ? Voilà pour le doute.

 

Ce qui est sûr : tout au long de la semaine les membres de l’ONG ECA (Ending Clergy Abuse, Global Justice Project), dont nous sommes partenaires, et nos trois représentants revendiqueront une effective tolérance zéro ! Voilà qui est certain !

 

A Lausanne, le 27 mars, à l’EESP à 17h30, quatre organismes œuvrant en faveur de la prévention des abus participeront à la table ronde précédent notre assemblée générale annuelle : ESPAS, Patouch, Agapa, Dis NO.  Ce sera l’occasion de définir les prestations disponibles afin d’orienter plus adéquatement les personnes victimes d’abus liés au sexe ou au pouvoir.

 

Jacques Nuoffer

Président du Groupe SAPEC

 

 

 

Edito du 29 août  2018

  Après la lettre du pape et sa visite en Irlande : rien de nouveau ?

 

La lettre du pape aux fidèles et sa visite en Irlande lors du dernier week-end d’août 2018, à l’occasion de la rencontre mondiale des familles consacrée à la protection des enfants et des adultes dépendants, ont suscité des demandes de réactions et de commentaires de la part de journalistes. Cet édito me permet de synthétiser mes conclusions et de présenter les propositions que je soutiens et qui sont semblables à celles des appels lancés par l’ONG ECA – Ending Clergy Abuse, Global Justice Project, dont nous sommes partenaires.

 

Dans la lettre du pape Francois, je note :

  • Une reconnaissance plus marquée de la gravité des abus et des comportements scandaleux des évêques et supérieurs qui ont protégé les agresseurs et non les enfants.
  • La reconnaissance du retard dans l’application des mesures et des sanctions !

 

Mais rien de précis n’apparaît à propos des actions concrètes que nous estimons indispensables en nous appuyant sur la nécessité d’une réparation institutionnelle affirmée par l’Abbé Gabriel Ringlet et d’une justice réparatrice pour les victimes définie par le juriste Louis Joinet.

 

En ce qui concerne les personnes victimes,

affirmer sa honte, reconnaître la souffrance des survivants des abus, demander pardon n’est de loin pas suffisant. Les victimes d’abus ont besoin que soient reconnus et réalisés les quatre droits fondamentaux de la justice réparatrice :

1) Droit aux informations : savoir ce qui s’est réellement passé,
2) Droit à la justice : que les coupables soient poursuivis,
3) Droit à l’assurance de prévention : que tout soit fait pour que cela ne se reproduise plus,

4) Droit à une réparation : une indemnité, trop souvent symbolique en Europe, sauf en Irlande!

 

Au niveau de l’institution,

il faut que le pape François choisisse son camp : être au côté des victimes et les soutenir ou au côté des évêques qui ont choisi de protéger les agresseurs et non les victimes !

Être du côté des victimes, c’est passer des paroles aux actes et imposer les mesures suivantes :

  1. Application de la “Tolérance 0” dans toutes les paroisses et les institutions catholiques, dans tous les évêchés et toutes les congrégations du monde et que les agresseurs passés, actuels et futurs soient dénoncés à la justice civile.
  2. Obligation de signalement à la justice civile pour tous les évêques et supérieurs religieux sous peine d’exclusion.
  3. Mise en place du tribunal des évêques pour ceux qui n'ont pas signalé les abus par le passé et encore actuellement et qui ont protégé ou protègent encore des agresseurs.

    Comme Mme Marie Collins et les membres d’ECA, je suis en faveur d’une instance unique qui développe une expertise et applique les mêmes sentences quel que soit le lieu et le contexte. Cette instance peut être instituée à travers une collaboration entre trois partenaires : une institution politique ou juridique internationale, l’ONG ECA représentant les victimes et le Vatican ! C’est le modèle qui a permis en Suisse la réalisation de la CECAR (Commission découte, de conciliation, d’arbitrage et de réparation) ! Je trouve étonnants et désolants les arguments du pape affirmant que le tribunal proposé par sa commission est irréalisable. Étonnant : nous avons à faire à une église universelle, ayant un droit canon unique, dont le système clérical a favorisé les mêmes abus dans tous les pays et toutes les cultures du monde ! Pourquoi un même tribunal « ne conviendrait-il pas aux différentes cultures des évêques qui doivent être jugés » ? Et, à mon avis, désolant, l’argument de l’impossibilité du déplacement des évêques soupçonnés d’abus et de leur dissimulation. Cela confirme l’importance relative accordée à de tels abus par le pape.

  4. Mise en garde destinée à tous les catholiques face au cléricalisme : le respect n’implique ni révérence ni soumission !
    Particulièrement dans les pays où la culture favorise non simplement le respect du prêtre, mais une soumission exagérée, notamment en Afrique et en Asie, il faut que le pape fasse campagne pour que les fidèles cessent de croire que le prêtre a droit à une forme de révérence. Il faut aussi que les fidèles soient invités à dénoncer les abus sexuels ou de pouvoir.
  5. Nomination de l’archevêque d’Irlande, Mgr Martin, en tant que président de la commission pour la protection des mineurs.
    Sous la présidence du cardinal Seán O'Malley, aucune proposition de cette commission ne s’est réalisée. Dans son archevêché, Mgr Martin a posé des actes et communiqué des analyses qui ont fait avancer la lutte contre les abus et développé la protection des mineurs.
  6. Application des propositions de Gabriel Ringlet concernant la « réparation institutionnelle en 
    - éclairant son histoire par des recherches sur les facteurs qui ont favorisé et favorisent encore la pédophilie dans l’Église. La recherche sur Marini, mandatée par Mgr Morerod répond à cette exigence,
    - s’interrogeant sur la sexualité et le pouvoir sacré du prêtre : peu de travaux de recherche sur ces thèmes sont initiés par les autorités ecclésiastiques,
    - demandant pardon
    et surtout en réparant : l’Église catholique en Suisse offre à toutes les personnes victimes la possibilité de choisir parmi deux démarches pour obtenir information, reconnaissance et réparation : les commissions ecclésiales et la CECAR.

 La CECAR, Commission d’Écoute, de Conciliation, d’Arbitrage et de Réparation, neutre et indépendante de l’Église catholique, est une instance unique au monde qui permet aux personnes victimes d’obtenir reconnaissance et réparation de l’Église sans s’adresser à l’institution qui a protégé leur abuseur. Le Groupe SAPEC est fier d’avoir œuvré activement à sa mise en place.

 

Jacques Nuoffer,

Président du Groupe SAPEC

 

 

Edito du 12 juin  2018

Faire reconnaître – Réparer - Prévenir

 

Le 22 décembre 2017, le Groupe SAPEC a soufflé sept bougies et publié les résultats de son enquête reconnaître, réparer, prévenir les abus sexuels commis par des agents. Notre lutte en solidarité avec les victimes se poursuit à ces trois niveaux.

 

Faire reconnaître une situation lorsque le berger est un loup

En Suisse

Stimulé notamment par notre enquête (http://www.groupe-sapec.net/enquete-presentation.htm ), Pierre Pistoletti, journaliste RP à cath.ch, a mené sa propre enquête, publiée sous le titre  Lorsque le berger est un loup : > https://abus-sexuels.cath.ch/.

 

Et au niveau mondial

Les déclarations désastreuses du Pape François lors de son voyage au Chili au sujet des victimes d’abus sexuels et les démissions des évêques chiliens nous rappellent que l’Église catholique est encore loin d’appliquer la tolérance zéro qu’elle annonce depuis des années et de mettre en œuvre les recommandations du Comité des droits de l'enfant et du Comité contre la torture en s'appuyant sur le brillant travail de Barbara Blaine, SNAP et CCR.

C’est donc sans hésitation que le Groupe SAPEC, représenté par Jacques Nuoffer et Jean-Marie Fürbringer, s’est engagé comme partenaire dans la fondation de l’ONG Ending Clergy Abuse – Global Justice Projet – ECA

 

Réparer : une tâche de la CECAR qui est suspendue !

L’organisation et le fonctionnement de la CECAR, Commission d’Écoute, de Conciliation, d’Arbitrage et de Réparation n’étaient pas terminés lorsque les initiateurs, représentant le Groupe SAPEC et l’Église catholique ont pris de la distance et sont restés disponibles comme facilitateurs. Notamment la position de la CECAR face à la commission d’indemnisation ne correspondait pas à l’indépendance totale que nous demandions. Le rapport d’activité 2017 de la CECAR confirme que la Conférence des Évêques Suisses ne lui a pas accordé encore une indépendance complète !

Son Conseil a décidé de suspendre ses travaux jusqu'à l'obtention d'un accord respectant cette indépendance.

 

Prévenir un premier passage à l’acte en Suisse et dans le monde

Lors de la table ronde précédant notre assemblée générale 2018 nous avons abordé un aspect particulier de la prévention : Prévenir un premier passage à l’acte : Une aide est-elle possible pour les pédophiles abstinents ? Cette thématique que précisait notre invitation relève autant de la prévention primaire que de la protection des victimes, dans la société en général et dans l’Église catholique en particulier. L'article de Pierre Pistoletti Pédophilie: des solutions existent évoque la difficulté du sujet.

Alors qu'au niveau mondial, l'Eglise catholique tarde à reconnaître vraiment les abus sexuels et spirituels de ses agents et à sanctionner les évêques qui les protègent et que, même en Europe, elle peine à mettre en place un geste concret de réparation, la prévention reste une tâche immense à laquelle ECA espère aussi contribuer efficacement.

 

Jacques Nuoffer

Président du Groupe SAPEC

  

 

Association du Groupe SAPEC

Soutien aux personnes abusées dans une relation d’autorité religieuse

 

 

 


 

 

 



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